Coup de Coeur, Livre, Roman jeunesse

La Nouvelle

« Je vous présente une nouvelle élève, annonça le prof, elle s’appelle Haya. Elle vient de Syrie… » C’est drôle, songea Gabriel, il y a des gens qui attirent l’attention sans qu’on sache pourquoi… Cette fille, il ne la connaissait pas, mais elle l’intriguait à cause de ses yeux graves et la manière dont elle relevait fièrement le menton comme un défi…

La Nouvelle est un court roman destiné aux jeunes, signé Cassandra O’Donnell. On est loin de ses romans habituels, qui font pour la plupart partie d’un univers de fantasy ou de fantastique.

Dans ce petit roman, Haya, 12 ans, est la nouvelle de sa classe. Il s’agit d’une réfugiée qui a fui, avec sa famille, son pays en guerre, la Syrie. Elle va faire la connaissance de Gabriel, un de ses nouveaux camarades de classe et ensemble ils vont rapidement tisser des liens d’amitié.

C’est un roman auquel tient l’auteur. Celui-ci est foncièrement différent de ses autres écrits, car il s’agit d’une histoire d’aujourd’hui, actuelle, qui pourrait arriver à n’importe quels enfants obligés de quitter leur pays en crise, en guerre. Les drames qu’ils y vivent, les souvenirs horribles sont toujours présents et gravés dans leur mémoire.

On se trouve à Plougalec, petite ville de Bretagne. Haya et sa famille ont été obligés de fuir leur pays. Sinon, c’était la mort assurée pour eux. Son père, Amin, étant médecin, ils ont pu partir se réfugier en France.

On se rend compte qu’Haya, bien qu’elle n’ait que 12 ans, est un personnage très mature. Elle a vu et fait des choses qu’elle n’aurait jamais dû voir et faire à son âge. Désormais, elle doit aujourd’hui faire face aux quand dira-t’on, aux préjugés, à la peur de l’autre. Ses camarades de collège éprouvent une sorte de peur face à elle, une étrangère, qu’ils montrent en étant agressifs, méchants, et en tenant des propos limites haineux.

Gabriel, quant à lui, vit dans une famille plutôt tolérante. Sa grand-mère et ses parents lui ont inculqué les bonnes manières et une certaine empathie pour les autres. Grâce à cela, il va rapidement s’attacher à Haya et devenir son ami, sans préjugés aucun sur la jeune fille et sa famille. Au contraire, il va découvrir une culture qu’il ne connait pas.

La grand-mère de Gabriel trouve aussi une place importante dans cette histoire. Elle cache son passé à sa famille et la présence d’Haya lui rappelle ce passé douloureux. Des choses qu’elle avait gardé enfouis profondément et qui ressurgissent.

On trouve l’idée de solidarité et de tolérance dans cette histoire, ce qui fait du bien. Pourquoi détester ces personnes alors qu’ils ne veulent juste pas mourir dans leur pays ? A leur place, on aurait sans doute fait pareil. Alors pourquoi leur compliquer la vie en sachant que c’est déjà assez difficile pour eux ?

« Ils ne veulent pas de nous… ils pensent qu’on est venu ici pour de mauvaises raisons, ils croient que nous avons le choix… mais le seul choix qu’on a fait, c’était celui de ne pas mourir… » p. 60

Ce livre est un appel à la tolérance et à l’ouverture des autres. On vient tous de quelque part, on a tous des origines différentes, une culture ou une religion, mais au fond, on est tous pareils. On aspire tous à la même chose : au bonheur et à la paix, loin des horreurs de la guerre. Et ça La Nouvelle nous le montre parfaitement.

« Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va » p. 114 (Otto von Bismarck)

C’est un roman d’à peine 120 pages, mais il s’est passé quelque chose avec cette histoire. Elle m’a émue, collé des frissons et surtout m’a fait sourire à la fin. Les personnages sont attachants mais il n’y a pas que ça. C’est une histoire percutante, intelligente, qui nous touche, et qui en plus est bien écrite. Une histoire que chaque enfant devrait lire et découvrir ! 🙂

BD & Mangas, Livre, Manga, mangas

Lost Children, vol. 1

Ran, spécialiste de l’arme blanche, est un soldat embarqué dans un groupe de rebelles. Dans une société régie par un système de castes, les Gathiya sont voués à une vie de misère. Ils placent leurs espoirs de changement dans l’armée révolutionnaire à laquelle appartient le jeune garçon. Mais lui rêve d’autre chose : retrouver Yuri, son frère de coeur, sa seule famille… Loin des combats qui rythment le quotidien de Ran, Yuri mène une vie de recueillement dans un village sacré caché au coeur de la jungle. Mais il est lui aussi confronté à la violence des hommes qui s’entre-déchirent dans des luttes de pouvoir. Dans toute cette folie, il ne peut oublier l’existence de son ami. Ils sont nés dans des milieux opposés, et rien n’aurait dû les rapprocher. Pourtant, le destin a créé entre eux un lien plus fort que tout… avant de les séparer dans de cruelles circonstances. Sans le savoir, ils sont au coeur d’une révolution qui bouleversera tout un royaume ! 

Lost Children est un des (nombreux) mangas que j’ai achetés à Japan Expo. Il m’a été conseillé par une personne présente sur le stand. Le titre me semblait tentant, alors j’ai tenté !

On arrive dans un univers dont je n’ai pas du tout l’habitude. La guerre fait rage dans cette société faite de castes. Qui dit castes, dit inégalités. Et c’est au milieu de cette guerre que nos deux héros se trouvent. Ran, un Gathyia dont la vie est difficile, et Yuri, qui mène une vie plutôt religieuse au milieu d’un village perdu. Les deux amis vont essayer de se retrouver, mais leurs origines différentes et la guerre ne cessent de les séparer.

C’est donc un manga assez dense que l’on a là ! En seulement trois chapitres, le ton est posé. La guerre, la misère, la détestation des hommes envers d’autres car ils sont différents. Et au milieu de tout ça, deux enfants qui n’ont rien demandé.

Pour l’instant, je n’arrive pas à savoir si j’ai aimé ce manga ou non. On est clairement dans une dystopie, pourtant, on n’est pas si loin de la réalité de certains pays d’aujourd’hui. Cela est très clairement expliqué en fin de tome : Tomomi Sumiyama s’est inspiré du Népal, de l’Inde et d’autres encore pour créer ce manga à l’univers si particulier.

Ran et Yuri sont des enfants à qui l’on a demandé de grandir trop vite. L’un a les armes à la main, l’autre est replié dans un sanctuaire. La seule envie que l’on a, c’est qu’ils se retrouvent. Mais pour quoi faire ? Pour accomplir quoi ? Ces questions, c’est ce qui m’a fait avancer dans ma lecture.

Les graphismes sont beaux, remplis de détails, comme je les aime. On entre assez rapidement dans cet univers de guerre, de désolation, de haine. C’est assez violent psychologiquement en fait !
Les personnages sont beaux, c’est ce qui m’a tout de suite attiré. Ran et Yuri sont en couverture, mais c’est Yuri qui m’a le plus marqué. Que lui est-il arrivé ? Son oeil, sa cicatrice… il a une identité propre qui m’a attirée.

Pour ce premier tome, on a deux chapitres pour nous présenter chacun des personnages, Ran et Yuri. On sait qui ils sont, dans quel univers ils évoluent. J’ai trouvé le troisième tome un peu plus passionnant, avec les origines de leur rencontre.

Il y a encore beaucoup de zones d’ombre dans cette histoire ! Où veut en venir l’auteur ? Quel rôle nos héros ont-ils à jouer ? Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Bref, même si je ne sais toujours pas si j’ai aimé, c’est un manga qui m’a fait réagir, et ça, ce n’est pas commun. Il me fait surtout me poser beaucoup de questions. Questions dont je veux bien évidement des réponses ! Affaire à suivre 🙂

BD & Mangas, Livre, Manga, mangas

Timeless Romance, vol. 3

Akari est sommée par le chef des démons de prendre une décision : les rejoindre ou rester avec les humains. Elle passe alors beaucoup de temps à retourner le problème dans sa tête, mais la date butoir approche.
De son côté, il semblerait que Chikage cache un secret… Leur incroyable histoire d’amour fantastique se dénoue enfin !

J’ai été déçue par ce troisième et dernier tome de Timeless Romance !

J’adore pourtant les oeuvres de Saki Aikawa d’habitude. Toutefois, cette fois-ci, j’ai trouvé que les choses allaient un peu vite. Beaucoup de chose sont évoquées dans les deux premiers tomes. Les héros étaient adorables, les méchants avaient des choses à cacher, et un certain suspense s’était installé peu à peu place.

Les vilains, dans ce troisième volume, ne sont pas assez creusés et on ne les voit que finalement peu. Les liens du chef des démons avec le futur ne sont pas abordés, alors que c’est quelque chose que l’auteur nous faisait miroiter. Il ne pose que peu de soucis à nos héros (hormis un massacre d’humains rapidement passé).

Il y a une tentative de rebondissement avec un gentil qui est en fait méchant. Certes, je ne l’avais pas vu venir, mais cela n’apporte pas grand chose à l’histoire. J’aurai préféré avoir des détails de ce qui est abordé dans les deux tomes précédents plutôt que ça.

Heureusement, Akari, l’héroïne, est un personnage agréable et malin. Un peu naïf, mais mignon. Elle fait ce que l’on attend d’elle, c’est une héroïne forte.
Mais sa relation soudainement au beau-fixe avec Chikage est assez étonnante. Le jeune homme se fichait éperdument d’elle jusqu’ici, et d’un coup, il tombe amoureux d’elle. Cela est assez déconcertant…

La fin, bien qu’étant loin d’être une surprise, est plutôt réussie. Un tome supplémentaire n’aurai toutefois pas été de trop pour avoir toutes les explications que l’on attendait !

Ce troisième tome est donc complètement bâclé, et me laisse un goût de déception. Dommage car j’avais adoré les deux premiers tomes ! 🙂

Livre, Roman

Le Dernier des nôtres

« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d’un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d’un monde finissant à l’énergie d’un monde naissant… Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ».

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Je n’ai pas pour habitude de lire des romans de la rentrée littéraire juste parce qu’ils font partie des romans de la rentrée littéraire. Pourtant, j’ai fait une exception pour quelques romans. Et Le Dernier des nôtres en fait partie. Sa couverture m’a tout de suite attiré l’oeil, de même que sa quatrième de couverture.

1969, Manhattan. Werner Zilch, 24 ans, est prêt à se lancer dans les affaires : il a pour projet, avec son meilleur ami et associé Marcus, de se lancer dans l’immobilier. C’est lors d’un diner qu’il la croise. Il sait qu’elle est « La Femme De Sa Vie ».
1945, Allemagne. La guerre fait rage, et les bombardements anglais ne cessent de pleuvoir. Une femme, Luisa, est retrouvée vivante parmi les décombres, alors qu’elle est sur le point d’accoucher. Voilà pour le début.

C’est un roman que j’ai trouvé très agréable à lire. C’est très bien écrit, sans trop de descriptions, avec des dialogues. J’ai bien aimé que l’auteur alterne entre les deux époques. Pendant tout un moment, on ne sait pas trop où elle veut nous emmener, mais les pièces du puzzle se mettent en place tout au long du roman.

Werner est un personnage qui réussit dans la vie. Séducteur et bel homme, aucune fille ne lui résiste. Pas même Rebecca, jeune bourgeoise américaine. Werner a toutefois un côté énervant de mâle misogyne insupportable. Heureusement que le personnage de Rebecca se montre un minimum féministe, sinon leur relation en dents de scie aurait été ennuyant.
De l’autre côté, on a Marthe qui parcourt l’Europe afin de sauver le bébé de Luisa. Elle fait preuve d’une force de caractère incroyable, surtout face à des armées de SS.

Forcément, dans l’Allemagne de 1945, on aborde le thème du nazisme. L’auteur nous montre les deux côtés : ceux enrôlés de force, qui sont loin de partager les idées d’Hitler, mais qui craignaient pour leur vie, et ceux qui ont trouvé leur place, torturant et tuant à tout va dans les camps.
Adélaïde de Clermont-Tonnerre réussit à nous montrer des personnages qui nous font pitié, alors que leurs agissements sont horribles et d’autres qui nous dégoûtent, qui nous montrent que l’humanité est capable du pire pour son simple plaisir.

C’est un roman qui m’a intrigué : pourquoi « Le dernier des nôtres » ? « Comment l’histoire va t’elle se terminer ? ». La réponse est légèrement décevante car l’auteur se perd un peu dans son récit.
De même, certains éléments sont un peu gros dans le récit. La fin est un peu trop prévisible à mon goût, à l’image des comédies romantiques.

Bref, dans l’ensemble, le roman est bien mené et agréable, mais quelques petites choses m’ont déçue. Je lirai toutefois avec plaisir Fourrure, le premier roman de l’auteur.

Livre, Roman

La danse des vivants

Eté 1918. Dans un hôpital militaire, un jeune homme se réveille amnésique. Il a tout oublié de son passé, jusqu’à son nom, mais parle aussi bien le français que l’allemand.
Les services secrets français voient en lui l’espion idéal. Ils lui donnent l’identité d’un mort allemand. Mais peut-on être un autre quand pour soi-même on est personne ?

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La guerre. Celle de 14-18. Celle des tranchées, de la bataille de la Marne et de Verdun. Les milliers et milliers de morts et de blessés, les gueules cassées, l’armistice, le traité de Versailles… Vous croyiez à peu près tout savoir, en tout cas l’essentiel, sur celle que l’on appela la Der des Der? Moi aussi. Et voilà que m’arrive par le biais de Babelio (merci Babelio, vraiment) La danse des vivants, d’Antoine Rault. 491 pages bien denses, bien écrites, qui racontent autre chose de cette guerre pas encore finie lorsque commence le roman, ses effets sur l’humain et ses suites.

Nous sommes en juillet 1918, pas dans les tranchées mais dans un hôpital militaire. Au milieu des cris de douleur et des gémissements des blessés, un homme s’éveille. Physiquement intact, mais sans souvenir. Ni de qui il est, ni de ce qu’il a vécu. Il aurait pu, comme d’autres, être renvoyé sur le front. Lui aussi subit les électrochocs réservés aux « simulateurs », mais sa façon de s’exprimer, sa culture, le fait qu’il parle aussi bien le français que l’allemand, intrigue. Et l’on souffre avec lui, on a envie qu’il ait plus que ces quelques bribes qui, parfois, remontent de sa mémoire enfouie.

Dans le service qui chaque jour informe des familles de la disparition, de la mort au front d’un enfant, on cherche. Je ne vous raconterai rien de cet aspect des choses, histoire de ne pas trop dévoiler l’intrigue. Antoine Rault joue en tout cas sur les sentiments de lecteurs tout acquis à ce malheureux jeune homme de façon très efficace.

Il permet aussi à ceux qui n’en auraient jamais entendu parler de s’imaginer ce que fut ce service, de même qu’il fait entrer son lecteur dans les négociations du traité de Versailles ou, plus tard dans le roman, des manoeuvres des services secrets, qu’ils soient français ou allemands. C’est là une des particularités réussies de La danse des vivants : mêler l’histoire de son malheureux officier amnésique et l’Histoire, celle écrite par Clemenceau, Wilson, Lloyd George et les grands du monde de l’époque. On croise même, très brièvement mais quand même, un Hitler pas encore au pouvoir, mais aussi Hindenburg et Ludendorff.

En déroulant l’histoire du personnage attachant qu’est Charles (oui, l’amnésique s’appelle en vrai Charles), c’est à la fois une quête d’identité personnelle et  toute une époque que raconte Antoine Rault. Celle de l’après-guerre, qui n’est finalement que l’avant-guerre suivante. Charles devient espion pour la France, part pour l’Allemagne. Et nous voilà dans l’Allemagne de la République de Weimar, qui panse ses plaies, mais aussi – et on connaît beaucoup moins cet aspect de l’histoire allemande – dans l’Allemagne toujours en guerre, contre les Russes, dans la Baltique. Et l’on espère toujours que Charles sortira heureux de ce bourbier… La réponse est au bout des 491 pages. Ou au-delà…